Comment rédiger un développement d'un commentaire composé ?
Développement de l'extrait d'Annie Ernaux
Dès le début de la scène, le sentiment de peur se manifeste chez le père par la recherche d’une
complicité avec sa fille chargée, en quelque sorte, d’empêcher sa faillite en travaillant bien à
l’école, lignes 1à3 : «Souvent, sérieux, presque tragique:" Écoute bien à ton école!» Peur que
cette faveur étrange du destin, mes bonnes notes, ne cesse d'un seul coup. Chaque
composition réussie, plus tard chaque examen, autant de pris, l'espérance que je serais mieux
que lui. » Cette peur semble provenir essentiellement du manque d’ambition du père envers
lui-même : « crainte de se lancer encore », mais aussi envers l’avenir : « Il ne sortira plus du
monde coupé en deux du petit commerçant. » Il y ainsi une sorte de fatalisme chez le
personnage qui va nourrir un sentiment de méfiance vis-à-vis de son entourage.
En effet, le troisième paragraphe, le plus long, est consacré à l’évocation des relations du père
avec le monde extérieur qui se caractérise essentiellement par la méfiance. Cette méfiance est
assez bien résumée par l’hyperbole : « Le monde entier ligué » contre lui. Ainsi, il divise les
gens en deux camps constitués des « bons », c’est-à-dire ses clients : « ceux qui se servent
chez lui », et les mauvais, beaucoup plus nombreux, qu’on pourrait appeler « Ceux qui lui
veulent du mal. » Face à ce monde, le père développe des sentiments variés tels que la
rancune : «On allait chercher le pain à un kilomètre de la maison parce que le boulanger d'à
côté ne nous achetait rien. », ou l’égoïsme : « Au fond de lui l’espérance de tout commerçant,
être seul dans une ville à vendre sa marchandise. » Ces sentiments sont-ils partagés par la
narratrice ?
On ne peut affirmer avec certitude qua la narratrice partage les sentiments de son père car le
« nous » associatif qu’elle emploie dans certaines expressions peut être une simple manière de
se projeter dans la conscience de celui-ci pour mieux révéler ses états d’âme : « vouloir notre
mort », « venant nous faire injure », « ne nous achetait rien ». Et comment la narratrice nous
dévoile-t-elle les états d’âme de son père ?
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Le texte comporte plusieurs mots en italique: «pris», «mieux que lui»," que voulezvous», «gros»; il faut comprendre que ces termes sont des expressions employées par le père
de la narratrice, que celle-ci intègre dans son récit, soit de façon directe: «que voulez vous»,
soit de façon indirecte, en changeant la personne: «mieux que lui». «Haine de sa servilité»:
soit «haine provoquée par sa serviabilité», soit" haine ressentie à l'égard de sa servilité».
En plus, la syntaxe de ce texte est caractérisée par l'abondance des phrases construites sans
verbe personnel. C'est le cas des trois phrases du premier paragraphe: dans la première, on
pourrait ajouter « mon père disait", dans la seconde "il avait" (peur que etc.), si on tenait
absolument à les conformer au schéma classique de la phrase; la troisième, quant à elle, n'a
pas besoin d'être complétée. Sont construites également sans verbe personnel la seconde
phrase du deuxième paragraphe, et la majorité de celles du troisième. Noter en particulier les
phrases bâties sur un infinitif dont le sens est proche de l'impératif: «A ceux-là joindre le
gouvernement ... ", "Et des bons encore se méfier. La syntaxe très simple, presque
rudimentaire, de ce texte paraît tout à fait appropriée pour traduire, comme de l'intérieur,
l'univers mental étriqué du père: espoirs reportés sur sa fille, manque d'ambition, mentalité
hargneuse de petit commerçant menacé par l'évolution économique. Une syntaxe plus
complexe conviendrait moins bien. L'auteur se contente d'exposer des faits bruts concernant
son père, sans porter apparemment de jugement.